Du Rail aux sentiers avec Caminada

Et si le train devenait le premier jalon de la randonnée ? Avec Caminada, Paul Janisson a imaginé une carte interactive qui recense les itinéraires d’Occitanie accessibles depuis une gare.

Imaginez : vous montez dans un train liO, votre sac sur le dos, et une heure plus tard, vous voilà en pleine campagne. Mais comment trouver facilement les sentiers à proximité de la gare ? C’est pour répondre à ce casse-tête que Paul Janisson, 24 ans, a conçu la plateforme internet Caminada.

Installé à Toulouse pour y achever un master en urbanisme et aménagement, il n’a pas de voiture. Il a donc pris l’habitude de compter sur le train, par souci d’économie et par conviction. « Puisqu’on a la possibilité de se déplacer autrement, autant en profiter », estime celui qui voit dans les tarifs jeunes, les trains à 1 euro ou avec Fairtiq, des opportunités pour changer ses habitudes. Et comme il aime randonner, il s’est mis à chercher des départs proches des gares. Il découvre alors une page de la Région et de la Fédération française de randonnée recensant plusieurs parcours. Les fiches existent, mais elles ne sont pas cartographiées. « Ce qui me manquait c’était justement de pouvoir retrouver toutes les randos accessibles en train au même endroit. »

Un clic pour relier gares et chemins

En recherche d’emploi, Paul a mis son temps libre à profit pour donner vie à Caminada.fr. S’il s’intéresse depuis longtemps aux mobilités, il ne maîtrise pas pour autant le développement web. « J’ai souvent beaucoup d’idées et j’essaie de les transformer en projets en utilisant les outils nécessaires », explique-t-il. Caminada croise ainsi les données SNCF avec celles des sentiers de randonnée fournies par les parcs naturels nationaux et régionaux, les conseils départementaux, les PDIPR* du Gers et de l’Hérault ainsi que par OpenStreetMap, carte collaborative en ligne.

Objectif : proposer une sélection d’itinéraires dont la distance, la durée, et le point de départ varient. Accompagnée d’informations pratiques (difficulté, dénivelé, profil altimétrique) et d’une trace GPX téléchargeable, chaque fiche renvoie vers la source officielle de l’itinéraire. « Une randonnée est associée à une gare si son départ est accessible en moins de 45 minutes à pied. Au-delà de 30 minutes, le nombre d’itinéraires disponibles augmente de manière très significative : je trouvais dommage d’y renoncer pour un quart d’heure de marche en plus », précise le créateur. Caminada valorise également les parcours de « gare à gare » : le promeneur descend à une station, effectue sa journée de marche ou bivouaque, puis reprend son train ailleurs. « C’est l’usage train + rando le plus naturel et pourtant le moins bien servi par les plateformes existantes ».

Retrouver le temps du voyage

Pour créer son site, Paul Janisson s’est aidé de l’intelligence artificielle. Un outil puissant mais énergivore qui a posé un cas de conscience à ce défenseur de l’environnement. « J’ai mesuré
l’empreinte de la phase de création : elle équivaut environ à 15 kilomètres en voiture thermique et à une douche en consommation d’eau. C’est un investissement très largement rentable s’il permet de promouvoir le train pour randonner. Je ne cherche d’ailleurs pas à diaboliser l’usage de la voiture mais à valoriser d’autres façons de voyager ». Gratuit, sans publicité ni revente de données, Caminada fonctionne sur un modèle collaboratif. « J’encourage les utilisateurs à partager leurs expériences, signaler d’éventuelles erreurs ou me suggérer des fonctionnalités pour améliorer la plateforme », souligne Paul Janisson. Certains départements restant peu couverts, il invite aussi les collectivités et les offices de tourisme à lui donner l’autorisation d’intégrer leurs sentiers. « C’est offrir à leur patrimoine une visibilité supplémentaire auprès d’un public qui ne conduit pas ». Au-delà du bénéfice écologique, la démarche traduit une certaine philosophie. « En train, on retrouve une lenteur apaisante, une autre manière d’observer les paysages. L’arrivée de voyageurs redynamise aussi la vie des villages ruraux », conclut Paul Janisson.

Pas besoin de partir à l’autre bout du monde : en Occitanie, l’aventure commence au bout du quai.

Informations pratiques

  • 137 gares connectées à près de 600 randonnées en Occitanie ;
  • 109 itinéraires « gare à gare » pour marcher sans revenir sur ses pas ; 
  • 45 minutes : le temps maximum estimé pour rejoindre un sentier à pied. 

Coup de coeur

Parmi les souvenirs de randonnée de Paul Janisson celui du pic du Nérassol accessible depuis L’Hospitalet-près-l’Andorre reste vif. « Il n’y avait absolument personne. Le silence, les lacs, l’atmosphère… C’était presque irréel. » Le Toulousain cite également Ax-les-Thermes et Mérens-les-Vals, qui permettent de rejoindre rapidement plusieurs sommets. « C’est assez incroyable de pouvoir accéder à un tel environnement naturel à quelques minutes seulement d’une gare. »

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