Face à la difficulté de proposer une offre de transport non morcelée dans les territoires ruraux, la Région Occitanie lance les « Labo Viu » ou « Laboratoire Vivant ». Cette méthode collaborative inédite construit, avec les habitants, les techniciens et les élus, un bouquet de services cohérent pour offrir une alternative crédible à la voiture individuelle.
Il n’est pas toujours facile de se déplacer lorsque l’on vit loin des centres urbains. Pour répondre à ce défi, la Région Occitanie a fixé un cap ambitieux à l’horizon 2040 : proposer à chaque citoyen une « mobilité sur mesure et sans couture ». L’enjeu consiste à trouver des solutions pour les premiers et les derniers kilomètres, dans les territoires que le réseau liO classique ne peut desservir. Mais comment transformer cette ambition en réalité, dans des zones où les flux sont, par nature, dispersés ?
Sortir du mirage des services isolés
Multiplier les initiatives isolées – un service de covoiturage par-ci, une borne d’autopartage par là – ne suffit pas. Trop fragiles économiquement, ces solutions s’essoufflent dès que les aides publiques se raréfient, faute de masse critique d’usagers. Puisque la Région est désormais l’autorité organisatrice de la mobilité sur la majeure partie du territoire, elle a choisi de rompre avec les solutions standardisées. Sa réponse tient en trois mots : « bouquet de services ». L’idée est de construire, en cohérence avec les flux réels des bassins de vie, une offre dont la faisabilité est vérifiée en amont. L’objectif est double : garantir que les solutions collent au quotidien des habitants, tout en identifiant les économies possibles grâce à la mutualisation des prestations. La loi d’orientation des mobilités (LOM) impose de fixer les règles du jeu pour chaque territoire. En gravant ces solutions dans le marbre, la Région sécurise les financements nécessaires, notamment via les Contrats Opérationnels de Mobilité (COM)et les Plans d’actions communs en faveur de la Mobilité Solidaire (PAMS) qui se traduiront dans les prochains contrats Contrats de Plan Etat-Région (CPER) passés avec l’État.
L'intelligence collective au service du terrain
Pour transformer l’essai, encore fallait-il inventer un cadre de travail capable de réunir tous les acteurs locaux autour d’une table. C’est tout l’enjeu de la méthode innovante lancée en 2026 : le « Labo Viu », en Occitan ou « Laboratoire Vivant ». Non pas une instance administrative mais bien une équipe projet. Pilotée en tandem par les experts en innovation de la Région et les services départementaux des mobilités, elle réunit techniciens, élus, employeurs et citoyens. Actuellement déployée sur cinq bassins pilotes (Prades, Alès, Saint-Girons, l’Armagnac et Millau), cette démarche a fait ses premiers pas à Prades (66) pour faciliter l’accès à la Cité préolympique de Font-Romeu. Ce premier test a vocation à s’étendre prochainement au Conflent Canigou pour couvrir l’intégralité du bassin de mobilité.
Du diagnostic au test grandeur nature
Le dispositif suit quatre étapes. Tout commence par le choix de sites stratégiques – gares, lycées, zones d’activités… -. Pour chaque lieu, les techniciens créent des portraits-robots d’usagers types comme une enseignante de Font-Romeu ou un salarié de Mont-Louis afin d’identifier les « maillons manquants » de leurs trajets. Dès ce printemps, une centaine de citoyens volontaires entreront en scène. Leur rôle est crucial : valider les parcours théoriques puis tester physiquement les services expérimentaux pendant un an. En plus d’utiliser ces solutions, ils rempliront des questionnaires détaillés pour identifier les freins (horaires, confort, tarifs…). « Il s’agit de faire comprendre que l’on ne crée pas un service individuel, mais une réponse collective », soulignent les services de la Région. À Font-Romeu, cette méthode a déjà évité l’investissement onéreux d’un parking en structure : l’enquête a prouvé que le problème était moins celui du stationnement, qu’un problème de gestion des flux, notamment pour les déposes-minute.
Cap sur 2027 : pérenniser et transmettre
Grâce à un tableau de bord partagé, les résultats des tests permettront de rédiger, à partir de mai 2026, les fiches actions définitives des contrats de mobilité. L’année 2027 marquera alors le passage à la pérennisation avec le recrutement d’entreprises capables de gérer ces bouquets de services de manière unifiée. L’enjeu de gouvernance est ici majeur : si la Région est le moteur de l’ingénierie la première année, les communautés de communes ont vocation à devenir les architectes de leur propre mobilité. Si Prades est le bassin le plus avancé, la méthode suscite déjà une forte adhésion dans d’autres territoires comme Saint-Gaudens ou l’arrière-pays héraultais. Sur le plan financier, la démarche permet de réinterroger l’existant. Le pari est que, par la mutualisation des moyens et la vision globale, l’Occitanie réussira à offrir une mobilité plus efficace à coût quasi constant pour les collectivités.
Cocktail de solutions
Le bouquet de services mélange plusieurs
modes pour répondre à tous les besoins.
Il combine des mobilités actives (vélos liO
pour les lycéens, location longue durée),
des transports partagés (covoiturage
organisé, autopartage solidaire) et
des services souples (transport à la
demande amélioré, navettes urbaines
de proximité). L’innovation clé ? La
mutualisation. À terme, tous ces services
seront centralisés via un opérateur
unique, avec une centrale de réservation
simplifiée, pour rendre la mobilité plus
fluide et accessible à tous.
Voir aussi

39 micro-aventures accessibles avec liO
La Fédération française de randonnée Occitanie propose un guide des randonnées en itinérance: 39 sont desservies par le réseau liO !

Où circule le train-vélo ce printemps ?
Au printemps, ce train spécial circule entre Nîmes et Le-Grau-du-Roi, puis en mai sur l’axe Nîmes – Mende.

Le Lien d’Occitanie #24 est disponible !
Le 24ème numéro du Lien d’Occitanie, le magazine de la mobilité au cœur des territoires est sorti.